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Félix Meier a remporté son dixième combat professionnel samedi dernier à Bellach et reste invaincu. Depuis cette semaine, le Lausannois de 21 ans est en tête du classement Livre pour Livre des boxeurs professionnels suisses actifs. Le 26 décembre, il boxera contre Alfred Kqira pour le championnat suisse des super-welters à la Kursaal Arena de Berne. C'est le premier combat pour le titre de Meier.

Test ardu à Bellach
Le boxeur professionnel Luis Enrique Romero n'est pas monté sur le ring de Bellach le 12 septembre pour perdre, mais pour tester le jeune Félix Meier. Le Vénézuélien est un "journeyman" avec un bilan de combat négatif de 13 16 1. Pour ceux qui regardent de près, on reconnaît les quelques défaites précoces (3) ainsi que des victoires en Italie et en Espagne. Contre Meier, Romero a abandonné après trois rounds. Meier avait déjà reconnu les signes avant-coureurs tôt dans le combat : « Avec de petites astuces, il essayait de gagner du temps. S'accrocher, allonger la pause entre les rounds, les lacets. Qu'il abandonne complètement m'a néanmoins surpris. » C'était le dixième combat de Meier dans ses seulement 22 mois de carrière de boxeur professionnel, sa septième victoire avant la limite. Il a maintenant disputé 44 rounds en tant que professionnel.
Un beau record
En boxe, on porte souvent des jugements hâtifs sur un bilan de 10-0, et la plupart du temps à tort, dans un sens comme dans l’autre. La boxe professionnelle ne fonctionne pas selon un système de championnat. Les combats sont choisis au cas par cas, ce n’est pas un secret, c’est ainsi que fonctionne ce sport. La question est toutefois de savoir dans quel but. « Je ne choisis pas en premier lieu les adversaires, mais les combats. Il s’agit d’être actif et d’acquérir de l’expérience, tantôt contre un jeune invaincu, tantôt contre un vieux routier. L’important, c’est que le niveau augmente et, avec lui, le défi. Et il y a toujours un peu de risque quand on veut aller de l’avant », explique Leander Strupler, manager et promoteur de Meier. À l’objection des détracteurs selon laquelle dix victoires ne prouvent encore rien, il répond, comme on l’entend rarement de la part d’un promoteur : « Ils ont raison. Beaucoup de boxeurs ont aujourd’hui des palmarès gonflés qui ne signifient absolument rien. Mais ce que font les autres n’a aucune importance pour nous. Je sais que Félix a battu des adversaires contre lesquels d’autres Suisses n’auraient pas tenu la route. Nous suivons notre propre chemin, et celui-ci est encore long et semé d’embûches. Nous n’avons encore rien accompli. »
En tête du classement
L'encyclopédie de la boxe professionnelle BoxRec est considérée comme la plateforme statistique indépendante de référence dans le monde de la boxe. Si l'on filtre le classement des boxeurs professionnels suisses en activité toutes catégories de poids confondues (pound-for-pound), Félix Meier apparaît en tête. Il devance ainsi Ramadan Hiseni (22-3-2), Angel Roque (11-0-1) et Faton Vukshinaj (17-3-2), qui ont tous au moins 30 ans et ont disputé nettement plus de combats. Ce classement est un calcul, pas un jugement, et repose sur un algorithme non public qui établit un classement à partir des résultats des combats. Mais il s’agit du classement d’une plateforme qui n’a aucun intérêt à donner une image fausse du monde de la boxe, et ce classement favorise un jeune homme de 21 ans.
Champion de Suisse grâce aux vidéos YouTube
Meier est né à Lausanne, où il a pratiqué la boxe dès son adolescence au sein du club « Fight District ». Son palmarès en boxe amateur à cette époque : 30 victoires, 11 défaites. Sept titres de champion de Suisse, depuis la catégorie cadets en 2018 jusqu’aux juniors et aux jeunes, puis le titre élite en novembre 2022. Il a remporté une grande partie de ces titres sans bénéficier d’un encadrement systématique. Il s’est entraîné seul pendant de longues périodes, chez lui ou à la salle, et a appris la boxe par lui-même, souvent à l’aide de vidéos YouTube. « J’ai regardé beaucoup de combats en ligne, puis j’ai essayé, lors des entraînements de sparring, de mettre en pratique ce que j’avais observé. Je regardais aussi des vidéos explicatives qui décrivaient les coups, les enchaînements ou les mouvements. Beaucoup d’entre elles étaient en russe. Je ne comprenais pas ce qui était dit, mais j’imitais simplement les enchaînements de mouvements.» C’est le champion olympique et champion du monde ukrainien Vasyl Lomachenko qui l’a inspiré. «Parce qu’il se déplace si bien. J’ai essayé de l’imiter. Physiquement, nous sommes différents, je suis plus lourd. Mais j’ai retenu quelques trucs de lui.»
Christina Nigg, pionnière de la boxe féminine suisse et alors responsable du sport de haut niveau au sein de la Fédération suisse de boxe, avait très tôt attiré l’attention de l’actuel manager de Meier sur ce jeune boxeur. « Christina s’extasiait sur son instinct et ses qualités de boxeur, mais aussi sur ce qui compte en dehors du ring : son caractère et son environnement stable. Elle a également été la première à mettre en place un encadrement professionnel pour Felix. », se souvient Strupler.
C’est une décision de politique sportive qui a été déterminante dans le passage précoce de Meier chez les professionnels. Pour les Jeux Olympiques de 2024, le nombre de catégories de poids a été réduit. La catégorie super-welters de Meier (jusqu’à 69 kg) a été supprimée, et la catégorie inférieure était hors de sa portée. C’est ainsi que Meier est passé chez les professionnels en novembre 2024. Strupler lui a proposé un contrat de cinq ans, ce qui est inhabituellement long pour un boxeur suisse en début de carrière, et l’a fait venir à Berne chez les Boxing Kings, où il est entraîné par Alain Chervet. Depuis, Meier est le seul boxeur suisse à vivre en tant que professionnel à plein temps. Il s’entraîne quotidiennement à Berne : la boxe avec Chervet, et la préparation physique avec Fabian Seiler à la salle de sport « Rope ».
Une technique et une pression impressionnantes
Ceux qui pensent que Meier est un simple boxeur de distance ne l’ont pas vu à l’œuvre. Son entraîneur le décrit ainsi : « Félix boxe de manière compacte, il a un très bon sens de la distance et sait anticiper les actions de son adversaire. C’est un boxeur rapide qui avance en exerçant une forte pression et qui ne laisse aucun répit à son adversaire. » Interrogé sur sa plus grande faiblesse, Chervet n’en cite aucune d’ordre technique. « Félix en demande parfois trop à l’entraînement et il faut alors le freiner. Il est très ambitieux, avide d’apprendre et souhaite progresser en permanence. Le rôle de l’équipe est de canaliser correctement cette énergie et de veiller à ce qu’il l’utilise au bon moment. »
Ce qui rend Meier si particulier, c’est ce qu’on remarque en dehors du ring : un jeune homme poli et réservé, qui ne se vante pas. « Je fais partie de ceux qui sont calmes, mais à l’intérieur, ça bouillonne. La boxe est pour moi un moyen de laisser sortir la pression intérieure. » Meier ne voit pas de « bouton » qui transformerait ce gentil jeune homme en boxeur à l’instinct de tueur. « Je n’ai pas de rituel, pas de mot que je me répète. Je crois que c’est inconscient. Ça se fait tout seul. J’ai appris très tôt que les politesses ne m’avançaient à rien sur le ring. Quand je monte sur le ring, c’en est fini de la gentillesse. À ce moment-là, celui qui se tient en face de moi subit tout ce que j’ai en moi. »
Combat pour le titre en fin d’année
Avant le combat pour le titre prévu le jour de la Saint-Étienne, un autre combat de préparation est prévu le 23 octobre à Puidoux. « L’événement a lieu près de Lausanne, et il est important que Félix se montre également aux fans de Suisse romande. Il y est particulièrement apprécié et la date convient également. » Il restera ensuite un peu plus de deux mois pour se préparer au « Boxing Day ».
Le 26 décembre, c’est Alfred Kqira qui l’attend. Ce Zurichois, né au Kosovo, aura 31 ans le jour du combat, soit neuf ans de plus que Meier. 170 centimètres contre 178. « Le jeune gendre idéal contre le bad boy expérimenté », c’est ainsi que le promoteur décrit ce duel riche en contrastes. « El Chapo », un chef de cartel de la drogue rendu célèbre par Netflix, est le surnom de Kqira, car il est petit pour sa catégorie, mais particulièrement impitoyable. Et Kqira boxe comme il faut boxer avec ses atouts : de manière offensive et en prenant des risques, au corps à corps, là où l’allonge ne sert à rien. Le palmarès de Kqira (9-3) mérite qu’on s’y attarde. En avril 2023, au Théâtre municipal de Berne, il a mis KO au premier round le champion néerlandais Steve Suppan (13-1-1). Huit mois plus tard, le lendemain de Noël, il a affronté le Polonais invaincu Lukas Dekys et s’est incliné aux points au terme de huit rounds. En décembre 2024, il a affronté au Hallenstadion de Zurich Yauheni Makarchuk, lui aussi invaincu, et s’est incliné. Deux de ses trois défaites ont été infligées par des boxeurs au palmarès immaculé. Depuis, Kqira n’a plus combattu. Il dirige deux salles de boxe et ne participe plus qu’à certains combats de kick-boxing et de boxe. Les adversaires de passage ne l’intéressent plus. Le 26 décembre, il compte relancer sa carrière de boxeur par une victoire. « Alfred représente un risque pour n’importe quel adversaire. Il encaisse bien, se jette dans le combat avec agressivité et peut mettre n’importe qui K.O. », prévient Strupler.
Le fait qu’un tel combat ait pu voir le jour n’est pas une évidence pour la boxe suisse. Un boxeur invaincu de vingt-deux ans, avec sept victoires par KO, n’est une option facile pour personne. Tous les boxeurs de la catégorie de poids ont été sollicités. C’est Kqira qui a accepté. « Les duels entre Suisses sont malheureusement rares. J’ai multiplié les demandes, longtemps sans succès. Au final, il faut quelqu’un qui accepte de prendre le risque. Alfred a accepté, et je lui en suis très reconnaissant. »
La situation de départ du combat peut se résumer ainsi : Kqira cherche le coup unique décisif, celui qui fera la différence. Meier mise sur les combinaisons et tente d’augmenter la pression au fil des rounds pour ainsi user son adversaire. Chervet donne à son protégé la tactique suivante : « Félix doit rester concentré de la première à la dernière seconde. Une garde solide, un jeu de jambes précis et surtout : ne pas rester immobile face à l’adversaire. »
Le 26 décembre, une date riche en traditions
En Suisse, on assiste depuis des décennies à des combats de boxe le jour de la Saint-Étienne. En 1969, Fritz Chervet montait sur le ring à cette date ; en 1971, Muhammad Ali mettait K.O. le Hambourgeois Jürgen Blin au septième round au Hallenstadion de Zurich. C’est le promoteur Charly Bühler qui a importé cet événement à Berne, Daniel Hartmann a popularisé le nom de « Boxing Day », et depuis 2017, Leander Strupler poursuit la tradition avec sa société « Swiss Pro Boxing ». « Là où je m’entraîne, je vois toutes les affiches des précédents Boxing Days et je ressens toute la tradition qui s’y cache. Y disputer le combat principal est un honneur, et comme c’est le dernier combat de l’année civile, c’est le point d’orgue », raconte Meier. En ce qui concerne sa préparation, ce combat est toutefois comme les autres : « Je me prépare toujours aussi bien, pour que le sentiment avec lequel je monte sur le ring ne change pas. J’ai observé chez d’autres boxeurs que des mésaventures surviennent lorsqu’on subit trop de pression ou qu’on prend les choses à la légère. En boxe, tout va très vite, un coup peut tout changer. Je me concentre sur le combat, pas sur ce qui l’entoure. »